Deviens le meilleur ami de ton chien !

Merci ma Licorne !

2 Sep 23 | Réflexions

L’éducation positive (qui s’appuie sur le renforcement positif des comportements souhaités) est, à n’en pas douter, la seule voie qui mérite aujourd’hui d’être suivie. Il ne viendrait plus à l’idée de personne d’accepter la violence comme solution éducative (c’est notre côté bisounours …). Aussi, si nous tenons, en préambule, à rappeler notre attachement à la bienveillance, à la bientraitance, au respect de la culture canine, c’est pour que nos propos ne soient pas détournés de leur objectif.

Bienveillance = Positif ?

Désormais, de plus en plus d’éducateurs canins affichent leur préférence pour l’éducation positive, et nous sommes les premiers à nous en féliciter. Oui mais…, car nous y voyons un “mais”, de plus en plus d’entre-eux (elles) se focalisent uniquement sur leur capacité à modeler des comportements par le conditionnement, plaçant ainsi l’humain, seul intervenant, au centre de tout le processus. Leur intérêt se porte ainsi non pas sur les réelles facultés cognitives du chien mais sur sa capacité à se plier à des exercices imaginés par des humains (souvent pour se faire plaisir). Mais cela ne nous enseigne rien sur la culture canine et en éloigne des individus canins toujours plus focalisés sur les 1000 et 1 tours que leur humains les amènent à exécuter, passant du cerceau aux cônes, des cônes aux cousins de proprioception, des coussins à la balançoire… Mais en ont-ils besoin ?

Il s’agit là d’un biais très commun qui remonte à Skinner et à l’école behavouriste (comportementaliste) qui refusait de prêter aux animaux des capacités d’apprentissage en dehors de réponses conditionnées, des émotions et des envies. Il est aujourd’hui totalement incompréhensible de s’attacher à cette seule vision au regard des avancées de la cognition évolutionniste qui s’attache à démontrer les facultés cognitives des animaux en lien avec leur biologie et leur nature. Il est aujourd’hui admis que des apprentissages et acquisition de compétences (sociales notamment) peuvent se faire en dehors du cadre Skinnerien du renforcement et de la punition. Même si les apports de Skinner et de l’Ecole behaviouriste ne sont pas négligeables ils avaient le tort de résumer les êtres vivants non-humains à un automate ne fonctionnant que par réponse à des stimulii en cherchant à affirmer la supériorité humaine sur le reste du règne animal. C’est dans cette volonté de contrôle (dont parle très bien Frans De Waal dans “Sommes-nous trop “bêtes” pour comprendre les animaux” ) que s’ancre aujourd’hui une nouvelle forme de dominance que j’évoquerai plus bas.

Ne peut on pas imaginer, que caninement parlant, cette place centrale revienne plutôt au chien. En effet qui sur cette planète serait le plus à même de comprendre un chien qu’un autre chien, d’appréhender sans jugement ni considération morale ou légale un comportement inapproprié et d’y apporter une réponse. Cela ne correspondrait-il pas de manière évidente à la réalité canine ? Les chiens sans humains développent-ils les mêmes troubles, les mêmes problèmes que nos chiens ? Redonner une place aux chiens, et reconnaître leurs facultés, leur aptitudes cognitives, leur permettre d’évoluer dans leur monde, un monde fait d’interactions multiples, variées, ritualisées, de décisions, de choix, de liberté, n’est ce pas cela la véritable bienveillance ?

Vers une nouvelle Dominance R+ (ou le poids de Skinner) ?

Les interactions, parlons-en : nous observons de plus en plus qu’une nouvelle forme de dominance, sournoise, insidieuse, prend le pas sur la dominance de nos “amis tradis”. Cette dominance prend les traits plus vendeurs du contrôle «en positif». Mais le contrôle c’est le contrôle, c’est à dire la privation de liberté de choix et plus étrange encore l’obligation, même pour les chiens entre-eux de n’utiliser que du R+ (renforcement positif), comme si par extension de nos considérations morales humaines, nos chiens devaient faire évoluer leur fonctionnement social, leur culture millénaire pour calquer leur fonctionnement sur les impératifs du positif (humain). On assiste là à une dérive inquiétante à nos yeux car elle ne recouvre aucune réalité éthologique, et conduit inexorablement les chiens vers un isolement social en bannissant, notamment, les interactions ritualisées mettant en œuvre les conduites “agressives”, contrebalancées par les autocontrôles. C’est de ce courant qu’émerge un « mouvement » d’attaque systématique et de rejet des éducateurs qui, comme nous, travaillent avec leurs chiens. Il existe certes des « pros » qui, sous l’appellation de “chiens régulateurs”, font n’importe quoi et encouragent leurs chiens (pas toujours très stables ou équilibrés) vers une systématisation de l’agression et de la “remise en place” ou du “recadrage”, mais il existe aussi des personnes sérieuses et bienveillantes qui font simplement confiance à leurs chiens et à leur finesse d’analyse des comportements. Leur supériorité dans ce domaine est pour nous une évidence, d’autant que nous avons affaire à une espèce très “émotionnelle” et éminemment empathique. Vouloir leur imposer notre conception d’une éducation “positive” relève purement et simplement de la dominance (stricto sensu), c’est à dire de la certitude de notre supériorité absolue sur le chien et de notre capacité à leur imposer tout, partout, à chaque instant en rejetant en bloc leurs codes sociaux.

Nier sa culture c’est nier l’Être lui-même.

Pourquoi tant de professionnels, pourtant convaincus de leur “bienveillance”, en arrivent-ils à oublier qu’en face d’eux il y a un être vivant dont la vision du monde est différente de la nôtre et pour lequel des comportements que nous pouvons percevoir comme “violents” ou “traumatisants”ne sont en fait qu’une partie intégrante de sa culture ? Nier sa culture c’est nier l’Être lui-même. Il n’y a rien de plus triste qu’un chien indifférent à ses congénères, capable de renoncer sur commande à une rencontre dans la nature, qu’un chien qui ne détourne même plus le regard lors d’un croisement de congénère, qu’un chien dont le seul mode d’interaction est l’ignorance ou le jeu, qu’un chien qui fonce aveuglément sur tous ses congénères sans jamais analyser la situation… Leur palette est tellement plus large, tellement plus subtile et tant de choses nous échappent (sans même évoquer les signaux olfactifs) qu’il nous apparaît prétentieux de vouloir à ce point régenter la vie de nos compagnons et affirmer que l’humain peut tout lui enseigner. On peut imaginer que ce qui guide cette conception du chien c’est avant tout l’ignorance, la méconnaissance des comportements sociaux de nos canidés et peut être aussi et surtout la peur (la peur de la perte de contrôle ?). Peut-être y a-t-il aussi derrière ces attitudes un positionnement purement commercial (et peut-être inconscient), parce que vendre des séances de dressage sous couvert de rééducation comportementale est bien plus lucratif que de proposer du lâcher prise, du silence et des interactions sociales supervisées pour amener les chiens vers l’équilibre et la « reconnexion à leur espèce ».

N’en déplaise aux donneu-r-se-s de leçons, c’est un oubli majeur : l’éthologie est une science balbutiante, et encore plus s’agissant du chien très longtemps méprisé par cette science en raison de sa proximité et de sa manipulation par l’humain. Affirmer aujourd’hui sous la seule justification du “j’en ai jamais vu” que quelque chose n’existe pas n’a pas plus de valeur que celle qu’on accorde à la personne qui l’affirme. C’est un argument un peu léger face à ceux qui observent quotidiennement les facultés de leurs compagnons, face aussi aux avancées des connaissances en matière de cognition animale, sur l’empathie et la continuité évolutive de l’intelligence animale (humains compris). Il n’existe aucune raison valable de ne pas imaginer des analogies dans le traitement des conflits, la perception des difficultés des autres, … notre intelligence humaine, aussi avancée soit-elle, n’est qu’un prolongement évolutif de l’intelligence animale dont elle découle. La structure cérébrale des chiens étant analogue à la nôtre on peut sans risque imaginer des analogies s’agissant des réactions émotionnelles, empathiques, voire sentimentales. Attendons donc que la science intéresse à la question plutôt que de cracher sur son prochain qui est peut-être plus clairvoyant ou pour le moins plus optimiste.

La régulation en éthologie :

En éthologie, la régulation correspond au processus par lequel une perturbation, et plus particulièrement un changement imposé à l’état d’une société, déclenche des conduites compensatoires tendant à en contrebalancer les effets.
L’étude des sociétés animales et notamment des sociétés d’insectes a analysé de nombreuses régulations sociales:

  • proportion des diverses castes,
  • nombre des reproducteurs,
  • ajustement de l’importance de la descendance aux disponibilités alimentaires.

Le rétablissement d’une situation conforme aux normes de l’espèce considérée n’implique pas la représentation de cette norme, mais résulte d’un ensemble de rétroactions immédiates selon lesquelles une situation anormale déclenche de manière immédiate une conduite qui a des conséquences régulatrices.
La nature de l’anomalie peut entraîner des formes différentes de rétroaction. […]. L’état d’équilibre, dans des conditions d’environnement définies, représente la résultante des diverses formes de rétroaction susceptibles d’intervenir.

(https://carnets2psycho.net/dico/sens-de-regulation.html?fbclid=IwAR3Pjn6lYSROg4UDvNKBHvHo3z7jwBxXJ-fBgldxuORv5LbGzWChuxdue_4)

“Le problème fondamental de tous ces dénis c’est qu’il est impossible de prouver une inexistence. Ce n’est pas une question mineure. Quand quelqu’un déclare qu’une capacité donnée est absente dans une autre espèce et avance qu’elle est donc nécessairement apparue récemment dans notre lignée [les Humains] nous n’avons pas besoin d’examiner les preuves pour mesurer la fragilité de cette assertion. Dans tous les cas, la seule chose que nous puissions conclure avec quelque certitude c’est que nous n’avons pas réussi à trouver telle ou telle aptitude chez une espèce que nous avons étudiée [encore moins si nous ne l’avons pas étudiée]. Nous ne pouvons pas aller beaucoup plus loin et sûrement pas transformer cette conclusion en affirmation d’une absence. Pourtant les scientifiques font cela tout le temps, chaque fois qu’une comparaison homme animal est en jeu. L’ardeur à trouver ce qui nous distingue l’emporte sur toute prudence raisonnable.”     –   Frans De WAAL

Cette guerre d’ego n’est, d’ailleurs, pas sans rappeler celle qui animait, il y a quelques années à peine, ce même microcosme sur une autre question, celle de l’impact des jeux d’excitation sur nos chiens et nos chiots. Il est aujourd’hui communément admis que certaines activités peuvent présenter des risques sur le plan de la santé et du comportement, risques allant jusqu’à la création de comportement addictifs.

Vous n’avez jamais vu de régulateur ?

Prétendre que le chien régulateur n’existe pas est selon nous une erreur criante : c’est ignorer la définition même de la régulation à savoir :

« L’ensemble des comportements visant à moduler ou stopper des comportements inadaptés de congénères, afin de les amener à adopter des réactions sociales plus adaptées à leur propre espèce en particulier »

« Il s’agit donc d’un chien à qui nous demandons [ou plutôt qui de lui même choisit ce “rôle”] d’avoir un rôle d’éducateur vis-à-vis de certains de ses congénères (chiots et/ou chiens adultes). Cette notion d’éducation, sous certaines formes, entre un chien adulte et des chiots a déjà été évoquée par exemple par J. Dehasse. Les chiots apprennent vraisemblablement les codes canins (Miklosi, Viera) grâce à des interactions entre eux mais aussi avec un ou des chiens adultes (Miklosi et Fox ). En effet, en fonction de son degré de socialité, il a été prouvé que les différentes espèces de canidés montrent des interactions sociales plus ou moins intenses qui jouent un rôle dans le développement même et l’apprentissage de cette socialité (Biben). L’apprentissage social est un processus important pour les espèces (Thorton, Clutton-Brock) pour des comportements tels que la recherche de nourriture, la peur des prédateurs, les préférences alimentaires pour nombres de mammifères. Pourquoi cet apprentissage social ne serait-il pas effectif pour l’apprentissage de la communication et les bonnes conduites sociales chez le chien ? Le chien étant une espèce sociale, nous pouvons supposer que le fait de mettre un chien régulateur en contact avec des chiots de toutes provenances, et ayant différents modes de vie, pourrait pallier le manque plus ou moins important d’interactions sociales nécessaires à une socialisation de qualité de ces chiots. »

Source :http://www.club-canin-valdemetz.com/wp-content/uploads/2014/11/Memoire_Florence-Napierala-Ruquois_Chien-Regulateur_15.10.14.pdf

Il ressort de ce mémoire que si vous n’avez jamais vu de régulateur c’est que vous n’avez jamais vu de chiennes avec leurs chiots, ni même de chiens interagissant librement. La régulation étant ce qui se met en œuvre dans toute interaction sociale agonistique (En éthologie, un comportement agonistique (grec ancien ἀγωνιστικός, agônistikos, « de compétition » désigne l’ensemble des conduites en rapport avec les confrontations de rivalité entre individus.) et comme l’écrit Antoine Bouvresse sur son blog:

« Il n’existe donc pas UN chien régulateur, mais de nombreuses situations où nous pouvons utiliser les compétences propres de nos chiens. Alors peut-on parler de chiens « inhibiteurs », de chiens « incitateurs », de chiens « communicants »??…

Nous irions même plus loin en affirmant que tous les chiens, sans exception, devraient être des régulateurs s’ils se développaient dans des conditions adaptées. L’humain en général, et ces « éducateurs » fans de contrôle en particulier, les en empêchent malheureusement, sous couvert de « positivité» (positivitude ?) et plutôt que de s’interroger sur les raisons pour lesquelles leurs propres chiens sont incapables d’actions de régulation (il n’est pas question de dressage, ni de chiens capables de tout gérer tout le temps, ni de harceleurs, ni de “concierges”, ni de chiens exploités (ni ordre, ni tricks, ni objectif, ni pression)) ils préfèrent exclure, a priori, l’éventualité même de leur existence, parlant tantôt de « licornes », tantôt de « mythe » ou encore de « mode »… Quelle tristesse ! Cette position allant même jusqu’à affirmer qu’aucun chien ne peut être capable de faire face à tous les profils de chiens ce qui induit qu’il n’existe aucun chien maîtrisant l’ensemble des codes canins (?).

La bienveillance commence selon nous par l’acceptation de l’autre dans ces spécificités et ses différences, vouloir le modeler, le faire rentrer dans un moule standardisé c’est tout le contraire ! Merci Mon Chien préfère donc la bienveillance à tous les « certificats de positivité ».

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